Plus-value de cession de fonds de commerce : impôt et exonérations

151 septies, 238 quindecies, départ à la retraite : les 3 exonérations de plus-value expliquées avec des simulations chiffrées, et le piège de la double imposition pour les sociétés à l'IS.

Vous vendez votre fonds 300 000 euros. Combien atterrit vraiment sur votre compte ? Selon votre situation, la réponse va de « la quasi-totalité » à « à peine les deux tiers ». Entre ces deux extrêmes, il y a la fiscalité de la plus-value, ses régimes d'exonération très puissants et quelques pièges de calendrier. Le sujet mérite d'être compris avant de fixer le prix, pas après la signature. Voici le guide complet, avec les calculs.

D'abord, de quelle plus-value parle-t-on ?

La plus-value, c'est la différence entre le prix de cession et la valeur nette comptable du fonds dans vos comptes. Si vous avez créé votre fonds de toutes pièces, sa valeur comptable est souvent proche de zéro : la plus-value est alors presque égale au prix de vente. Si vous l'aviez acheté 150 000 euros et que vous le revendez 300 000, la plus-value est de 150 000 euros, sous réserve des amortissements pratiqués entre-temps.

Le régime fiscal applicable dépend ensuite d'une question simple : qui vend ? Une entreprise à l'impôt sur le revenu (entreprise individuelle, EURL à l'IR, SNC) ou une société à l'impôt sur les sociétés (SARL, SAS classiques) ? Les deux mondes n'ont rien à voir.

Cas 1 : vous exploitez à l'IR, le royaume des exonérations

C'est la situation la plus favorable, car trois régimes d'exonération peuvent s'appliquer, et ils couvrent l'immense majorité des commerces de proximité.

L'exonération selon les recettes (article 151 septies)

Si vous exercez depuis au moins 5 ans, la plus-value est totalement exonérée d'impôt et de prélèvements sociaux lorsque vos recettes annuelles moyennes des deux derniers exercices ne dépassent pas 250 000 euros pour les activités de vente (commerce, restauration à consommer sur place étant assimilée à de la vente) ou 90 000 euros pour les prestations de services. L'exonération devient partielle et dégressive jusqu'à 350 000 euros et 126 000 euros.

Exemple. Le kiosque à sandwichs de Lucie près d'Euratechnologies réalise 210 000 euros de recettes annuelles moyennes. Elle vend son fonds 160 000 euros après 8 ans d'exploitation, avec une plus-value de 155 000 euros. Recettes sous 250 000 euros, activité de plus de 5 ans : exonération totale. Impôt : zéro. Prélèvements sociaux : zéro. Lucie encaisse tout.

Dans la zone d'exonération partielle, le calcul se fait au prorata. Pour une activité de vente à 300 000 euros de recettes, le taux d'exonération est de (350 000 - 300 000) / 100 000, soit 50 %. La moitié de la plus-value échappe à l'impôt.

L'exonération selon le prix de cession (article 238 quindecies)

Si vos recettes dépassent les seuils précédents, un second filet existe : lorsque le prix de cession du fonds n'excède pas 500 000 euros, la plus-value est totalement exonérée, impôt et prélèvements sociaux compris. Entre 500 000 et 1 000 000 euros, l'exonération est partielle et dégressive. Conditions : 5 ans d'activité, et la cession doit porter sur une entreprise individuelle ou une branche complète d'activité. Ce dispositif ne couvre pas les plus-values immobilières, mais dans une cession de fonds classique il n'y a pas d'immeuble.

Exemple. La brasserie de Marc, rue Solférino, tourne à 620 000 euros de recettes. Trop pour l'article 151 septies. Il vend son fonds 430 000 euros après 12 ans, plus-value de 410 000 euros. Prix sous 500 000 euros : exonération totale via 238 quindecies. Là encore, zéro impôt.

Attention au cumul : 238 quindecies ne se cumule pas avec 151 septies. On applique l'un ou l'autre, et le choix est en général évident selon votre situation.

L'exonération départ à la retraite (article 151 septies A)

Vous vendez pour partir à la retraite ? La plus-value est exonérée d'impôt sur le revenu si vous cessez toute fonction dans l'entreprise et faites valoir vos droits à la retraite dans les deux ans qui précèdent ou suivent la cession. Subtilité qui change tout : les prélèvements sociaux de 17,2 % restent dus. Sur une plus-value de 300 000 euros, cela fait quand même 51 600 euros à régler.

C'est pourquoi ce régime ne s'utilise en pratique que lorsque les deux premiers ne s'appliquent pas : si votre prix est sous 500 000 euros, l'article 238 quindecies vous exonère de tout, prélèvements sociaux compris, et il est donc préférable. Le régime retraite garde tout son intérêt pour les cessions au-dessus de 500 000 euros.

Et si aucune exonération ne s'applique ?

La plus-value se décompose alors en deux parts. La plus-value à court terme (celle qui correspond aux amortissements pratiqués et aux éléments détenus depuis moins de deux ans) rejoint votre revenu imposable au barème progressif, avec possibilité d'étalement sur trois ans. La plus-value à long terme est taxée à 30 % : 12,8 % d'impôt et 17,2 % de prélèvements sociaux.

Cas 2 : vous exploitez en société à l'IS, la double peine

Changement complet de décor. Quand une SARL ou une SAS à l'IS vend son fonds, la plus-value est un simple résultat imposable de la société : 15 % jusqu'à 42 500 euros de bénéfice (sous conditions), 25 % au-delà. Aucun des trois régimes d'exonération vus plus haut ne s'applique aux sociétés à l'IS, à l'exception notable de l'article 238 quindecies qui leur est ouvert sous des conditions plus strictes (notamment de taille et de composition du capital).

Mais le vrai sujet est ailleurs : après l'impôt de la société, l'argent est dans la société, pas dans votre poche. Pour le sortir, il faut distribuer des dividendes ou liquider, et chaque euro distribué supporte la flat tax de 30 %. C'est la double imposition.

Exemple complet. La SARL de Sofiane vend son fonds de restauration 400 000 euros, plus-value de 380 000 euros. Premier étage : impôt sur les sociétés, environ 6 375 euros à 15 % sur la première tranche puis 25 % au-delà, soit environ 90 750 euros. Reste 309 250 euros dans la société. Deuxième étage : Sofiane liquide la société et récupère le boni, taxé à la flat tax de 30 %, soit environ 92 775 euros de plus. Net final dans sa poche : environ 216 500 euros sur 400 000 euros de prix. Taux de friction global : 46 %. Le même fonds vendu par une entreprise individuelle sous le régime 238 quindecies aurait laissé la quasi-totalité du prix au vendeur.

C'est exactement pour cette raison que la question « je vends le fonds ou je vends mes parts ? » doit être posée très en amont. La cession des titres de la société suit un autre régime (flat tax de 30 % sur la plus-value des parts, avec des abattements renforcés possibles et un dispositif spécifique de départ à la retraite). Selon les cas, l'écart entre les deux chemins se chiffre en dizaines de milliers d'euros. Notre article sur le choix entre cession de fonds et cession de titres détaille cet arbitrage.

Le tableau de bord des exonérations

Pour vous repérer d'un coup d'oeil :

Recettes sous 250 000 euros (vente) ou 90 000 euros (services), 5 ans d'activité, exploitation à l'IR : article 151 septies, exonération totale, impôt et prélèvements sociaux. Prix de cession sous 500 000 euros, 5 ans d'activité : article 238 quindecies, exonération totale. Départ à la retraite dans les deux ans : article 151 septies A, exonération d'impôt mais 17,2 % de prélèvements sociaux dus. Société à l'IS : IS sur la plus-value puis flat tax à la sortie, sauf 238 quindecies dans sa version sociétés sous conditions strictes.

Les pièges de calendrier et de structure qui coûtent cher

Vendre à 4 ans et 10 mois d'activité. Toutes les exonérations exigent 5 ans. Deux mois de patience peuvent valoir 50 000 euros d'impôt. Le décompte part du début effectif d'exploitation, vérifiez-le précisément avant de signer un compromis.

Passer à l'IS l'année précédant la vente. Certains commerçants transforment leur entreprise individuelle en société à l'IS pour de bonnes raisons d'exploitation, sans réaliser qu'ils ferment la porte aux exonérations IR. Si une cession se profile à horizon 2 ou 3 ans, la structuration doit intégrer ce paramètre.

Oublier la location-gérance. Le fonds donné en location-gérance peut bénéficier des exonérations lors de sa vente, notamment au locataire-gérant, mais sous conditions particulières (notamment que l'activité ait été exercée 5 ans au moment de la mise en location-gérance). Les montages location-gérance puis vente doivent être calés fiscalement dès le départ.

Confondre prix de cession et prix du fonds. Pour apprécier le seuil de 500 000 euros de l'article 238 quindecies, on retient la valeur des éléments transmis servant d'assiette aux droits d'enregistrement. Le stock, facturé à part, n'entre pas dans ce calcul. Sur les dossiers proches du seuil, la ventilation mérite une attention chirurgicale.

Négliger la CFE et la taxe sur les salaires de l'année de cession. Des sujets annexes mais réels : la cotisation foncière des entreprises de l'année reste due par l'exploitant au 1er janvier, sa répartition avec le repreneur se négocie dans l'acte.

Trois simulations pour se situer

Simulation 1 : le salon de coiffure. Entreprise individuelle, 11 ans d'activité, recettes 85 000 euros, vente du fonds 70 000 euros, plus-value 68 000 euros. Recettes sous 90 000 euros : exonération totale 151 septies. Net vendeur : 70 000 euros, moins les frais de mainlevée d'un éventuel nantissement.

Simulation 2 : la boulangerie qui cartonne. Entreprise individuelle, 9 ans, recettes 480 000 euros, vente 320 000 euros, plus-value 310 000 euros. Trop de recettes pour 151 septies, mais prix sous 500 000 euros : exonération totale 238 quindecies. Impôt : zéro.

Simulation 3 : le restaurant en SAS. SAS à l'IS, vente du fonds 350 000 euros, plus-value 340 000 euros, puis liquidation. IS environ 80 750 euros, flat tax sur le boni environ 80 775 euros. Net associé : environ 188 500 euros. La même opération structurée en cession de titres avec le régime applicable aux parts aurait donné un résultat sensiblement différent. Moralité : à ce niveau de prix, la structuration vaut largement les honoraires qu'elle coûte.

Donation avant cession : la stratégie familiale qui efface la plus-value

Un levier de structuration puissant quand la vente s'inscrit dans une logique de transmission familiale : donner tout ou partie du fonds (ou des titres) à ses enfants avant la vente. La donation purge la plus-value latente : les enfants, nouveaux propriétaires, revendent au prix du marché avec une plus-value quasi nulle puisque leur prix de revient est la valeur retenue dans la donation. Les droits de donation s'appliquent, mais les abattements en ligne directe (100 000 euros par parent et par enfant, renouvelables tous les 15 ans) et le pacte Dutreil (exonération de 75 % de la valeur sous conditions d'engagement de conservation) réduisent considérablement la note.

La règle d'or absolue : la donation doit précéder la vente, réellement et juridiquement. Une donation signée alors que la vente est déjà juridiquement conclue est requalifiée par l'administration en abus de droit, avec des sanctions lourdes. Le calendrier et la chronologie des actes se construisent avec le conseil, pas dans l'urgence d'un compromis déjà signé.

Et en cas de moins-value ?

Toutes les cessions ne sont pas des success stories. Si vous vendez moins cher que la valeur nette comptable, la moins-value professionnelle vient s'imputer selon sa nature : la moins-value à court terme se déduit du résultat de l'exercice (et peut créer un déficit reportable), la moins-value à long terme ne s'impute que sur des plus-values à long terme des dix exercices suivants, ce qui la rend souvent inutilisable en fin d'activité. Pour un exploitant qui cesse, la répartition court terme contre long terme mérite donc une vraie attention au moment d'arrêter les comptes de cessation.

Le calendrier déclaratif : rapide, et c'est votre intérêt

La cession déclenche une imposition immédiate des bénéfices et plus-values non encore taxés. La déclaration de résultats de cessation doit être déposée dans les 45 jours de la publication de la cession (60 jours dans certains cas). Ce n'est pas qu'une contrainte : ce dépôt fait courir le délai de solidarité fiscale de 90 jours (réductible à 30 jours si vous êtes à jour de vos obligations) pendant lequel votre prix de vente reste bloqué chez le séquestre. Déposer vite et proprement, c'est toucher son argent plus tôt. Les vendeurs qui traînent sur cette déclaration se pénalisent eux-mêmes de plusieurs semaines de trésorerie.

Le cas fréquent du fonds avec murs : deux fiscalités à ne pas mélanger

Beaucoup de commerçants détiennent aussi les murs de leur boutique, en direct ou via une SCI. À la vente, deux opérations coexistent : la cession du fonds, qui suit les régimes détaillés dans cet article, et la vente ou la conservation de l'immeuble, qui relève des plus-values immobilières avec leurs propres abattements pour durée de détention. Les exonérations du fonds (238 quindecies notamment) ne couvrent pas l'immobilier. La stratégie la plus courante consiste d'ailleurs à conserver les murs et à encaisser des loyers du repreneur : un complément de retraite indexé, adossé à un bail commercial que vous connaissez par coeur. Le montage fonds vendu, murs conservés se prépare : montant du loyer de marché, durée ferme rassurante pour le repreneur et sa banque, travaux clarifiés. Bien construit, il augmente même la valeur du fonds, car un bail neuf aux conditions saines est un argument de vente.

FAQ : la fiscalité de la cession en questions

Quel est le taux d'imposition sur la vente d'un fonds de commerce ?

Sans exonération : 30 % sur la plus-value à long terme pour un exploitant à l'IR, ou impôt sur les sociétés puis flat tax pour une société à l'IS. Mais dans la majorité des cessions de commerces de proximité, une exonération totale s'applique via l'article 151 septies ou 238 quindecies.

Comment ne pas payer d'impôt sur la vente de son fonds ?

Trois voies légales : recettes sous les seuils (250 000 ou 90 000 euros) avec 5 ans d'activité, prix de cession sous 500 000 euros avec 5 ans d'activité, ou départ à la retraite (exonération d'impôt, prélèvements sociaux dus). La condition commune : anticiper, car ces régimes se préparent et se documentent.

L'exonération couvre-t-elle les prélèvements sociaux ?

Oui pour les articles 151 septies et 238 quindecies. Non pour le régime départ à la retraite, où les 17,2 % restent dus.

Je vends 520 000 euros, juste au-dessus du seuil. Que faire ?

Vérifier d'abord l'assiette exacte : le stock facturé séparément n'entre pas dans le seuil. Entre 500 000 et 1 000 000 euros, l'exonération devient partielle et dégressive, le calcul précis s'impose. Et parfois, la structuration de l'opération (périmètre cédé, calendrier) permet de rester dans les clous en toute légalité.

La plus-value se déclare comment et quand ?

Elle figure dans la déclaration de résultats de cessation, à déposer dans les 45 jours (le délai varie selon les régimes) suivant la publication de la cession. Ce dépôt fait courir le délai de solidarité fiscale qui conditionne la libération du prix séquestré : plus vous déposez vite, plus vous touchez vite votre argent.

Chaque cession a sa meilleure route fiscale, et elle se trace avant le compromis, pas après. Le cabinet chiffre les scénarios (fonds ou titres, calendrier, régimes applicables) et sécurise la documentation des exonérations. Sur ce sujet, une heure de calcul en amont vaut souvent plusieurs années de résultat.